Interview – Frédéric Thomas & Matthieu Archambeaud, Revue TCS

Découvrez cette rencontre avec matthieu archambeaud qui nous parle d'agriculture écologiquement cohérente

Quand l'agriculture rime aussi avec responsabilité et écologie

Rencontre avec Frédéric Thomas et Matthieu Archambeaud, créateur du site Agriculture de Conservation

Dans le cadre de nos rencontres et dans le but de vous faire partager l’expérience et le vécu d’autres passionnés du monde agricole, nous avons eu la chance de rencontrer Frédéric Thomas et Matthieu Archambeaud, collaborateur du site agriculture-de-conservation.com et de lui poser quelques questions sur le site, sur la revue TCS mais aussi sur le projet qui est porté par cette équipe.

Pouvez-vous nous décrire l’origine du projet et la création du magazine TCS ?

La revue TCS a été créée pour établir un lien entre agriculteurs pionniers s’aventurant dans la simplification du travail du sol. Elle a pour buts de synthétiser l’information, de stimuler de l’innovation et le transfert de connaissances. Après quinze ans d’existence, nous avons largement dépassé la seule question du travail du sol pour devenir un des relais majeur de l’innovation agronomique et technique en France. La revue rassemble aujourd’hui les agriculteurs, techniciens et chercheurs qui s’intéressent au semis direct et plus largement à la gestion des sols, à l’agronomie et à la réduction des coûts de production. L’équipe d’animation de la revue s’est peu à peu étoffée et rassemble les compétences transversales d’agriculteurs, d’agronomes, de techniciens et de chercheurs, qui sont tous des acteurs de terrain.

Pourquoi avez-vous choisi de passer sur le web avec le site Agriculture de Conservation ? Si vous deviez résumer en quelques mots clés les messages et les valeurs de votre site, quelles seraient-elles ?

Nous avons mis en ligne www.agriculture-de-conservation.com en 2005, à l’origine pour avoir une vitrine sur le web et afin de mieux valoriser la photo et de se servir de la vidéo pour communiquer. Avec l’accroissement de la popularité du site, nous avons décidé d’en faire le portail des agricultures innovantes, en nous concentrant sur le savoir-faire et la mise en œuvre de solutions alternatives (comme nous le faisions déjà au travers de la revue et de nos activités de formation et de conseil). Dans ce but nous mettons à disposition des internautes le maximum de documents, qu’ils s’agissent de notre production ou de documents externes que nous jugeons utiles. Le but est d’enrichir la base de données et de contacts pour stimuler la réflexion, la créativité et mettre en relation les acteurs de l’innovation agricole en France et à l’international.

Expliquer l’agriculture écologiquement cohérente à quelqu’un qui n’est pas du métier, cela donnerait quoi ?

Une agriculture écologiquement cohérente serait une agriculture qui saurait utiliser au mieux les mécanismes naturels dans un objectif de production agricole. Pour le dire autrement : «  plus on comprend et maîtrise le fonctionnement de l’écosystème agricole, moins on consomme d’intrants et moins ça coûte cher et plus ça préserve l’environnement ». On cherchera ainsi à remplacer le travail du sol par l’activité des racines, des vers de terre et des autres bestioles vivant dans le sol, à remplacer la consommation d’énergie fossile (engrais et gasoil) par de la photosynthèse et quelques autres processus du monde vivant. Nous savons aussi que rétablir la biodiversité dans le temps (rotation) et dans l’espace (association d’espèces végétales) est un facteur de stabilité, de santé végétale et animale et donc de succès. L’objectif est de concilier agronomie, écologie, économie et production. Nous savons aussi que si le principe est simple, la mise en œuvre peut s’avérer complexe et qu’il n’existe pas une seule forme d’agriculture dite « durable » : chacun ne peut progresser qu’avec ce que sait faire l’autre d’où la nécessité de mise en réseau d’acteurs très différents.

Que pensez-vous de manière générale de la communauté agricole sur le web ? Pensez-vous qu’aujourd’hui il y a des thèmes ou des sujets sous représentés ?

Comme dans tous les domaines, chacun est présent sur la toile et on y trouve donc ce que l’on y cherche. De notre point de vue, le développement du type d’agriculture que nous avons évoqué plus haut n’est possible qu’avec un échange accru des connaissances, des expériences, des observations, des innovations et techniques ; qu’il s’agisse d’ailleurs d’agronomie, de mécanisation, d’astuce ou encore de sociologie ou d’économie.

Quittant le modèle traditionnel, le développement agricole est ainsi devenu comparable à celui de la « toile internet » qui en est à la fois le support et le reflet. Nous ne sommes plus dans une démarche verticale de recommandations et d’applications : l’utilisation intelligente d’internet est devenue un facteur prépondérant du développement agricole en supprimant les barrières géographiques et sociales et en rapprochant les gens sur des centres d’intérêt communs.

Nous avons noté que vous n’étiez pas présent sur Facebook ou sur d’autres réseaux sociaux, est-ce un choix ?

Pour l’instant nous n’avons pas  besoin d’avoir recours à ce type de réseaux. L’objectif n’étant d’ailleurs pas tant de gonfler les effectifs que de rassembler les personnes intéressées qui nous trouvent aisément. En fait, www.agriculture-de-conservation.com a naturellement pris sa place dans le paysage internet grâce à la qualité de son contenu et non par l’intermédiaire d’une politique de communication concertée. Comme cela s’est aussi produit avec la revue TCS, la popularité du site est la conséquence de la pertinence des informations qu’il propose.

Voyez-vous une amélioration dans la conception des machines agricole d’un point de vue de l’écologie ? Reste t’il selon vous des chantiers à ouvrir de ce côté ?

Il existe deux axes de travail majeurs pour le machinisme agricole. Le premier est sans doute de continuer à répondre aux besoins d’optimisation et de précision des opérations culturales via l’informatique embarquée et la localisation satellite ou la collecte et le relevé d’informations. Avec les mêmes technologies on pourrait aussi développer la collecte d’information sur le sol (résistivité…), les cultures (rendement, état des cultures…) : l’objectif serait de faciliter le diagnostic et la prise de décision au niveau de la ferme mais aussi de cumuler des données pour faire avancer la recherche.
Le deuxième axe de travail est de continuer de répondre aux contraintes spécifiques liées à l’agriculture de conservation : absence ou quasi-absence de travail du sol, surfaces encombrées de résidus végétaux ou de plantes vivantes.
Enfin, nous pensons que la localisation sur le rang du travail du sol (strip-till ou pré-traçage par exemple), de la fertilisation et/ou des traitements est un facteur de progrès quelle que soit la forme d’agriculture pratiquée.

Comme nous en avons l’habitude, nous sommes heureux de vous laisser le mot de la fin.

Les agricultures de demain seront diverses et complexes, aussi l’intrant majeur devient la connaissance et le savoir pour piloter habilement les agroécosystèmes. L’acquisition, l’échange et le transfert de ces informations deviennent donc l’axe stratégique du développement agricole : internet est un outil idéal.

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Lucie Pichon